Historique

Trois décennies à se passionner pour le livre d’ici

Livre d’ici existe depuis 1976, à un moment où l’édition québécoise souhaitait accroître sa part de marché au pays à même une société à but non lucratif dûment incorporée, la Société de promotion du livre inc, financée par le Conseil des arts du Canada, qui pourrait assurer sa visibilité et sa promotion auprès des libraires et des bibliothécaires. Au départ, l’équipe de rédacteurs, toujours dirigée par Jacques Thériault, produit hebdomadairement une page d’informations et de critiques, format tabloïd, qui est acheminée gratuitement à quelque 150 hebdos régionaux, aux libraires, aux éditeurs et à toutes les bibliothèques du Québec. Les critiques de livres sont signées par des écrivains tels Jacques Ferron, Yves Thériault, Marcel Dubé, Jean-Yves Soucy, André Major, Yvon Rivard, Gilles Archambault et Michel Beaulieu. L’opération s’avère immédiatement un succès. Les journaux hebdomadaires du Québec publient massivement les textes de Livre d’ici, les commandes des libraires chez les distributeurs témoignent d’une demande accrue pour le livre québécois et les bibliothécaires font des acquisitions dans le même sens à l’intention de leur clientèle. Parallèlement, il faut rappeler que Livre d’ici a produit, de 1977 à 1982, des séries annuelles de 26 émissions radiophoniques qui ont été diffusées par une vingtaine de stations régionales, toujours pour accroître l’information sur l’édition québécoise, mais aussi pour porter la parole des écrivains dans toutes les régions du Québec. Ici, encore, c’est un succès et les cotes d’écoute atteignent jusqu’à 100 000 auditeurs dans les meilleures années.

En novembre 1982, l’équipe prend un virage en publiant mensuellement un journal format tabloïd (toujours appelé Livre d’ici) qui regroupe des critiques, des portraits d’écrivains, des reportages sur l’industrie du livre et des informations à l’intention des professionnels de l’édition. Et cela jusqu’en janvier 1990, date à laquelle Livre d’ici fait peau neuve; il se présente dorénavant sous format magazine (10 numéros par année), avec une vocation éditoriale axée sur l’industrie de l’édition au Canada français. Non seulement le magazine devient-il alors un instrument plus pointu de promotion du livre et des auteurs au pays, mais il s’avère très rapidement une source incontournable d’informations interprofessionnelles dans toute la chaîne de l’édition : éditeurs, distributeurs, libraires, bibliothécaires, institutions scolaires, imprimeurs, organismes ou associations, écrivains, salons du livre au Québec, hors Québec dans les communautés francophones comme à l’étranger, etc.

Aujourd’hui, Livre d’ici est le seul magazine professionnel de l’édition francophone au pays. Avec près de 1 000 abonnés nationaux (de l’ordre de 95 %) et étrangers, Livre d’ici est aussi diffusé dans les foires et salons au Québec comme en Europe, portant le tirage mensuel moyen à 2 500 exemplaires. Le magazine (comme l’Annuaire) est également présent dans un réseau de librairies et chez des marchands de journaux spécialisés pour accroître sa visibilité comme sa disponibilité.

Il faut aussi mentionner que Livre d’ici a diffusé chaque mois de 1989 à 2004, et en exclusivité pour le Québec, un encart format tabloïd de Catalogage avant publication/Livres à paraître (CIP) produit par la Bibliothèque nationale du Canada à l’intention des professionnels de l’édition. Expédié aux abonnés en même temps que le magazine, cet outil de commercialisation à caractère bibliographique n’est plus disponible sur support papier depuis janvier 2004, la B.n.c. ayant pris la décision d’en cesser la publication pour des raisons économiques. Au Québec où les professionnels en documentation ont vivement protesté, cette publication revivra néanmoins dès le mois de mai 2004, la Bibliothèque nationale du Québec ayant convenu de prendre le relais au profit des éditeurs canadiens-français. C’est Livre d’ici qui a été mandaté par la B.n.q. pour encarter et distribuer cette nouvelle publication au format magazine.

À l’automne 1994, Livre d’ici publiait la première édition d’un Annuaire de l’édition au Québec et au Canada français, regroupant des informations sur l’ensemble des éditeurs francophones canadiens et leurs distributeurs. Une liste des organismes et associations professionnelles complétait cette première parution. Lors de sa première mise à jour, en septembre 1995, les listes des librairies et des bibliothèques francophones au Canada furent ajoutées, constituant une banque d’informations de près de 2 000 entrées.

Au départ, tel que mentionné plus haut, le mandat de la Société de promotion du livre inc. consistait essentiellement à stimuler les ventes de livres de langue française publiés au pays, et parallèlement à faire mieux connaître les auteurs d’ici. Et c’est encore sa vocation aujourd’hui, vingt-cinq ans plus tard. Au début des années 1970, faut-il le rappeler, les éditeurs d’ici n’occupaient qu’environ 10 à 12 % de leur propre marché. Ce sont les chiffres de ventes des libraires qui constituent, à ce chapitre, le meilleur baromètre et qui témoignent de la présence accrue du livre québécois dans le commerce de détail. Si bien que les livres des éditeurs québécois représentent depuis quelques années entre 35 et 40 % des ventes des libraires, et les achats de livres d’ici en bibliothèque ont grimpé dans des proportions à peu près comparables.

Bien sûr, les éditeurs ont acquis dans les deux dernières décennies un savoir-faire comparable à celui de leurs collègues européens, tant dans la présentation visuelle de leurs livres que dans le contenu éditorial. Livre d’ici a soutenu leurs efforts de promotion, aiguillé leurs stratégies d’approche des marchés et leur a donné la visibilité (ou la vitrine) dont ils avaient besoin principalement au pays, mais aussi à l’étranger. Et, paradoxalement, ce sont les auteurs qui ont été les premiers bénéficiaires de l’action menée sur le terrain par Livre d’ici.

Depuis septembre 2003, Livre d’ici se présente à travers une nouvelle grille graphique qui nous a valu des commentaires élogieux de la part des professionnels du livre. Dans cette foulée, l’équipe des collaborateurs a été élargie avec l’arrivée de journalistes permettant d’élaborer des dossiers approfondis. À la fin du mois d’août 2002, Livre d’ici a accueilli François Couture. Fondateur du bulletin Internet Le papier pressé, qu’il produisait sur une base hebdomadaire pour l’organisation du défunt gala des prix Odyssée, François Couture allait rebaptiser son bulletin Livre d’ici Internet et, du même coup, donner naissance au pendant Internet de la revue Livre d’ici.

En novembre 2005, Livre d’ici a pu procéder à une refonte en profondeur de sa grille graphique. En novembre 2006, le fondateur de Livre d’ici Internet François Couture est parti relever de nouveaux défis. Julien Brault prit la relève de Livre d’ici Internet et, avec Roger Des Roches à la direction artistique, donna un nouveau souffle au petit frère numérique de la revue des professionnels de l’édition qui, en 2007, fêtait son trentième anniversaire.